1/ Mass Effect : Révélation

C’est au violent roulement des machines de ma laverie quotidienne d’étudiant que j’associe la toute première ouverture de Mass Effect : Revelation. Une ouverture un peu fébrile et soucieuse, accompagnée d’une multitude d’interrogations comme « que peut bien renfermer ce livre ? » ou encore « vaut-il les 8,20€ déboursés ?». Près de quatre cents pages en poche aux éditions Milady, un format classique avec une couverture intrigante où se tient un Saren sûr de lui, dévisageant le lecteur comme pour l’intimider et le dissuader d’oser fouiner dans son histoire, un papier fin et râpeux mais pas déplaisant, au final la forme est bonne et ne rebute pas. Mais qu’en est-il du fond, de l’histoire en elle-même ? Le nom de Drew Karpyshyn au bas de la première de couverture, homme pour lequel je ne vous ferais pas l’affront de vous rappeler son importance dans la trilogie Mass Effect, ressort comme une promesse de qualité. Etant l’un des principaux auteurs de cette saga, il parait normal que ce soit celui qui se soit chargé de transposer l’univers sur papier et autant vous le dire de suite, c’est une réussite.

Résumé des soixantes premières pages

Si ce livre fonctionne c’est non seulement car il développe la psychologie de personnages déjà riche dans l’univers que nous connaissons mais, aussi et surtout car il fait de même avec d’autres moins étoffés. Dans le premier opus de Mass Effect, David Anderson vous confiait avoir déjà travaillé avec Saren lors d’une mission, mission pendant laquelle ses aptitudes devaient être testées pour peut-être faire de lui le premier Spectre humain. J’avais eu peur avant ma lecture de tomber sur un livre relatant simplement la dite mission et quelques autres moments de la vie d’Anderson pas nécessairement palpitants, mais il n’en ait rien et quel ne fut pas ma surprise de tomber sur ce livre fort plaisant.

Karpyshyn sait surprendre, cela ne fait aucun doute, si bien que le livre commence par un prologue se déroulant en 2157, à bord du New Delhi faisant cap sur la Station Arcturus et avec à son bord un certain contre-amiral de l’alliance Jon Grissom. Le nom de Grissom n’est sans doute pas sans vous rappeler quelque chose, notamment pour  l’académie du même nom dans Mass effect 3. Alors que l’on en apprend plus sur ce dernier au fil de plusieurs échanges avec un de ses « amis » à bord, le voyage sera perturbé par une nouvelle inquiétante. La flottille d’expédition, parti de Shanxi quelques jours plus tôt, aurait établi le contact avec une escadrille de patrouilleurs appartenant à une espèce extraterrestre, seule une petite partie de la flottille d’origine n’est revenue. Une fois arrivé sur Arcturus, Grissom rencontre David Anderson lors d’un entretien n’étant alors à l’époque qu’une jeune recrue et un candidat au programme N7 de l’Alliance.

Le prologue passé l’action fait un bond de huit ans, soit dix-huit ans avant Mass Effect premier du nom et on retrouve le lieutenant David Anderson qui est désormais le commandant en second du SSV Hastings. Le vaisseau, alors en patrouille dans la bordure skyllienne, reçoit un appel au secours de Sidon, une base humaine comptant une trentaine d’hommes en tout et pour tout. L’équipe d’intervention d’Anderson est envoyée sur les lieux. Alors qu’Anderson et ses hommes explorent la base à la recherche d’éventuels survivants, ils découvrent que le plus gros de l’installation est en fait sous terre. Empruntant un long ascenseur, ils finissent par arriver au plus profond du complexe pour tomber nez à nez avec le contingent de soleils bleus responsable de l’attaque. Après une violente fusillade, la plupart des mercenaires sont éliminés. L’escouade continue son exploration pour finalement tomber sur un véritable charnier, une pile de cadavres n’étant autres que ceux des anciens occupants de la base. Rapidement un bruit de minuteur alarme l’équipe qui entame sa fuite au pas de course. Après quelques contretemps, ils finiront par réussir à remonter, non sans mal.

S’entame alors pour Anderson une nouvelle mission qui lui sera confiée par l’ambassadrice humaine, retrouver une certain Kahlee Sanders qui travaillait sur Sidon et qui aurait disparue mystérieusement quelques jours avant l’attaque. Ce sont là les intrigues principales de Revelation : qui a commandité l’attaque ? Pour quelles raisons ? Jusqu’à quel point Kahlee est-elle impliquée et jusqu’où sera prêt à aller Anderson ?

 

Critique

S’il y a un personnage que je n’attendais pas originellement, mais qui pourtant s’inscrit très bien dans le schéma narratif, c’est Kahlee Sanders. Vous aurez certainement pu rencontrer la dite Sanders dans l’Académie Grissom lors d’une mission de Mass Effect 3. On apprend d’ailleurs en lui parlant, ainsi que dans l’exceptionnel et désormais indispensable DLC Citadelle, qu’elle a eu une relation complexe avec Anderson et Revelation sera l’occasion de comprendre un peu mieux de quoi il retourne.

Le protagoniste de Relevation n’est autre que le lieutenant David Anderson, évidemment. Vous pourrez en apprendre plus sur cet homme ô combien charismatique et sur sa vie avant sa rencontre avec Shepard. En parlant de notre Shepard, on pourra remarquer que les deux individus ont eu un parcours assez identique. Des hommes d’exceptions, reconnus pour leurs compétences, intégrés au programme N7, commandant en second puis commandant de leurs propres vaisseaux. Cette relation presque paternelle entre un Anderson expérimenté et un Shepard chevronné n’en est que plus forte et, après lecture, le dernier dialogue des deux hommes à la fin de Mass Effect 3 résonne d’autant plus fort.

Quelque chose de puissant avec cet ouvrage c’est sa facette cross-média. Loin d’être un simple bonus nous racontant les péripéties de quelques personnages obscurs, il s’inscrit dans une ligne scénaristique évidente et rend l’histoire initiale encore plus marquante. Dans la même idée, la présence de Saren et les nombreuses pages qui lui sont dédiées fournissent beaucoup au personnage. Nous n’avons pas eu vraiment l’occasion de le connaître au fil de l’aventure du premier opus. Revelation nous explique comment il en est arrivé là et fournit une fois encore une profondeur décuplée à certains dialogues du jeu. Sans être indispensable à l’univers au point d’handicaper ceux qui l’aurait ignoré, ce livre est un apport indéniable, mettant en lumière des points jusque-là obscurs faute de les avoir véritablement abordés.

J’énonçais le personnage de Kahlee un peu plus haut, sachez que j’ai eu un véritable plaisir à découvrir la personnalité qui se cachait derrière cette femme aux allures autoritaires, croisée au détour d’un couloir dans une mission de sauvetage. Une chose que j’apprécie particulièrement chez Karpyshyn c’est l’importance qu’il donne aux personnages dans son récit et leur crédibilité. Chaque personnage de cet auteur semble réel, un réalisme que je n’avais jusqu’à lors jamais retrouvé ailleurs que dans les ouvrages de Terry Goodkind (cf. L’Épée de vérité). Qu’il s’agisse de Kahlee, de Saren, d’Anderson ou d’un personnage secondaire qui n’apparait qu’au détour d’une ligne, l’auteur sait capter l’anecdote, la réplique, le clin d’œil, qui rendra ce qui n’aurait pu être qu’un nom sur une page blanche, véritablement vivant.

Saren, personnage ô combien emblématique de Mass Effect premier du nom, n’en devient que plus fascinant à travers cette histoire qui nous est contée. Au travers de ces pages nous ressentons ce qu’était Saren et nous assistons impuissant à l’éclipse de sa personnalité. Lorsque nous l’accusions dans le jeu d’être déjà endoctrinée, nous n’avions pas en tête le moment où il a basculé pour finalement laisser cours à ses envies et mettre fin à son soi, abandonner son autonomie de façon quasi consciente et assumée. Ici Karpyshyn jouerait presque avec cela en nous donnant quelques indices à la fin, en nous en laissant entrevoir suffisamment pour nous permettre d’imaginer de quelle façon il deviendra ce Saren sous contrôle, sans pour autant avoir besoin de nous le dire mot pour mot. C’est surtout là la richesse de Revelation, c’est cette manière qu’a ce livre de s’implanter dans le récit originel en le rendant plus riche et sans jamais en faire de trop.

 

Conclusion

Il s’agit donc là d’un achat nécessaire pour tout passionné de Mass Effect et peut être plus particulièrement du 1 car c’est cet opus, certainement plus que les autres, qui en ressort grandement enrichie suite à cette lecture. Un livre poche ma foi assez court (380 pages environ), à un prix tout à fait abordable (entre 5 et 9€, celons si votre achat est sur le net ou en boutique), qui se lit sans grandes difficultés et que vous aurez le plaisir de dévorer, je n’en doute pas. Avis aux grands lecteurs mais aussi à ceux qui ne lisent que rarement, laissez-vous tenter par Mass Effect : Revelation, gardez la déception pour un autre jour car elle n’aura ici pas sa place.

Par Benedarius.

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